L'histoire de la Bibliothèque Américaine à Paris

ALP Camp Library

A la fin de la première guerre mondiale, lors de l'entrée en combat des Etats-Unis, des centaines de bibliothèques américaines lancèrent le Library War Service, un projet de grande envergure pour envoyer des livres aux « doughboys » (soldats américains) dans les tranchées - près d'un million et demi de livres jusqu'à l'armistice.

La Bibliothèque Américaine à Paris fut fondée en 1920 par l'American Library Association avec un fonds de ces livres et une devise reflétant l'esprit dans lequel elle était créée : Atrum post bellum, ex libris lux, après l'ombre de la guerre, la lumière des livres. Sa charte promettait de fournir aux lecteurs en France, ce qu'il y avait de mieux parmi la littérature et la culture américaine ainsi qu'en science en bibliothèque. Elle s'établit bientôt au 10 rue de l'Élysée, dans l'imposant hôtel qui avait précédemment servi de résidence au Nonce Apostolique.

Au début, la direction de la Bibliothèque était assurée par un petit groupe d'expatriés américains, notamment Charles Seeger, le père du jeune poète américain Alan Seeger (« I have a rendez-vous with death...») mort à la guerre et le grand-oncle du chanteur de Folk Pete Seeger. Parmi les premiers administrateurs de la Bibliothèque figurait l'écrivaine américaine expatriée Edith Wharton. Parmi les premiers habitués de la Bibliothèque, Ernest Hemingway et Gertrude Stein collaborèrent au périodique de la Bibliothèque Ex Libris, qui est publié de nos jours sous forme de bulletin. Thornton Wilder et Archibald MacLeish empruntèrent nos livres. Sylvia Beach offrit des livres. Stephen Vincent Benét écrivit « John Brown's Body » (en 1928) à la Bibliothèque.

Children Reading at ALPLe rôle permanent de passerelle qu'assure la Bibliothèque entre les États-Unis et la France fut manifeste dès le début. Le président français Raymond Poincaré, ainsi que des héros de la guerre tels Joffre, Foch et Lyautey, assistèrent à l'inauguration officielle de la Bibliothèque.Une des premières présidentes du Conseil d'Administration fut Clara Longworth de Chambrun, soeur de Nicholas Longworth, Président de la Chambre des Représentants des États-Unis.

Toute une série de bibliothécaires de talent américains se succédèrent pendant les années difficiles de la dépression, alors que les premiers cycles de soirées avec les auteurs attiraient pour les conférences, des personnages phares de la littérature française tels André Gide, André Maurois, la Princesse Bonaparte et Colette. En 1936, des difficultés financières conduisirent finalement la Bibliothèque dans de nouveaux locaux, rue de Téhéran.

Avec l'arrivée de la deuxième guerre mondiale, l'occupation de la France et l'aggravation des menaces vis-à-vis des juifs français, la Directrice de la Bibliothèque, Dorothy Reeder, son personnel et des bénévoles firent preuve d'héroïsme en assurant dans la clandestinité et au mépris du danger un service de prêt de livres aux membres juifs, interdits de bibliothèques. Un membre du personnel fut fusillé par la Gestapo pour ne pas avoir mis assez rapidement les mains en l'air lors d'une inspection surprise.

Lorsque Dorothy Reeder dû regagner les États-Unis par mesure de sécurité, la Comtesse de Chambrun saisit l'occasion de diriger la Bibliothèque. Paradoxe typique de l'occupation, le mariage fortuit de son fils avec la fille du Premier ministre du gouvernement de Vichy, Pierre Laval, assura à la Bibliothèque un ami haut placé et le droit quasi exclusif de rester ouverte et à son fonds de collections d'être en grande partie exempté de censure durant toute la guerre. Un diplomate français déclara plus tard que la Bibliothèque avait été pour Paris occupé « une fenêtre ouverte sur le monde libre ».

ALP Reference DeskLa Bibliothèque fut à nouveau prospère dans la période d'après-guerre, alors que les États-Unis assumaient un nouveau rôle dans le monde, que la communauté d'expatriés à Paris se régénérait et qu'une nouvelle vague d'écrivains américains arrivait à Paris - et à la Bibliothèque. Irwin Shaw, James Jones, Mary McCarthy, Art Buchwald, Richard Wright et Samuel Beckett furent des membres actifs pendant une période de croissance et d'expansion vertigineuses. En ce début des années de Guerre Froide, les subventions du gouvernement américain permirent la création de dix succursales de la Bibliothèque Américaine à Paris et même une au quartier latin. La Bibliothèque déménagea aux Champs-Élysées en 1952. C'est à cette adresse que le Directeur Ian Forbes refusa la visite de Roy Cohn et Joseph Schine, deux subordonnés notoires du sénateur Joseph McCarthy qui furetaient dans toute l'Europe à la recherche de livres à bannir.

La Bibliothèque fit l'acquisition de ses locaux actuels, à deux rues de la Seine et à deux rues de la tour Eiffel, en 1965 - laissant la place sur les Champs-Élysées à la fameuse institution Publicis, le Drugstore. Rue du Général Camou, la Bibliothèque contribua au développement de la toute jeune bibliothèque de l'American College of Paris. Aujourd'hui intégré à l'American University in Paris, sa bibliothèque est notre voisine et locataire. Les succursales mirent fin à leurs relations avec la Bibliothèque Américaine à Paris dans les années 90, et trois ont survécu à travers d'autres partenariats.

Depuis le tournant du siècle, les adhésions à la Bibliothèque se sont accrues jusqu'à plus de 2,300 familles et individus, dont un tiers d'américains et un quart de français. Un abondant programme du soir attire des centaines de parisiens et visiteurs pour écouter les auteurs et autres personnalités. Plus de 200 manifestations par an à l'intention des enfants, groupes de lecture, ateliers d'écriture, soirées de cinéma, expositions et autres événements ont fait de la Bibliothèque américaine un centre d'intérêt prééminent de la vie culturelle de la cité.

La Bibliothèque Américaine de Paris reste la plus importante bibliothèque de prêt d'ouvrages en langue anglaise en Europe continentale.

Vous trouverez une histoire plus détaillée de la Bibliothèque américaine à Paris dans cet article paru en 1960 dans Le Bulletin des Bibliothèques de France : Fraser, Ian Forbes, « La bibliothèque américaine à Paris », BBF, 1960, n° 8, p. 273-282